Fragîle Porquerolles
Fragîle, c’est le podcast pour les amoureux des îles, Porquerolles, Port-Cros, l'île du Levant, ou ceux qui souhaitent simplement découvrir ces îles autrement, celles qui se cachent derrière le cliché de carte postale. 1 semaine sur 2, je vous propose d’aller à la rencontre des habitants de ces îles. Ils ont entre 10 et 95 ans, ils nous racontent comment ils sont arrivés ici, les endroits qu’ils préfèrent, les souvenirs qui les ont marqués, comment ils voient ces territoires évoluer… Les écouter raconter ces îles, c’est entrer dans leur intimité, lieux d’histoire, d’inspiration artistique, de diversité biologique, de contrastes et de paradoxes. Retrouvez les notes de l’épisode avec des liens vers les ressources dont nous aurons parlées avec les invités sur fragileporquerolles.com . Un podcast présenté par Ingrid Blanchard.
Fragîle Porquerolles
#Danielle Ferri - Institutrice pendant 14 ans à Port-Cros
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«On ne vient pas se réfugier à Port-Cros quand on a un malheur. L’île est plutôt révélatrice que consolatrice. Les gens fragiles ne peuvent pas vivre sur cette île»
Danielle est une enfant de Port-Cros. Ses parents s’y sont rencontrés en 1928. Son père Marius travaille alors comme steward pour la compagnie de navigation sud-atlantique. En vacances, il retrouve son frère Joseph qui travaille à Port-Man comme maçon. Il est embauché au Manoir par Marceline Henry où il rencontre Georgette, sa future femme, qui travaille aussi pour le compte de la famille Henry. Mme Henry favorise leur mariage en leur garantissant à tous les deux une place au Manoir. Marius donne sa démission à la marine et c’est ainsi qu’ils s’installent à Port-Cros. Danielle est la plus jeune d’une fratrie de 3 enfants. Ses 2 frères Michel et Jean-Claude ont exercé en tant que marins-pêcheurs. Après quelques années dans les Ardennes, elle retrouve Port-Cros en 1980 où elle aide ses parents à la boutique de souvenirs et exercera pendant 14 ans en tant qu’institutrice.
Avec Danielle, on a parlé de son enfance sur l’île, de ses années d’enseignement et d’insularité.
L'article complet et toutes les notes et références citées dans l'épisode sont à retrouver sur fragileporquerolles.com
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Bienvenue sur Fragile, je vous propose de poursuivre votre découverte de Porquerolle, il sort de Porquerolle. Plus sauvage, plus mystérieuse, plus lointaine, dix fois moins peuplée que sa voisine Porquerolle, Porquerolle fut un haut lieu de villégiature intellectuelle pour des artistes et gens de lettres. Dans l'esprit de l'île, magnifique ouvrage paru aux éditions Clair-Pollan, dont je vous recommande vivement la lecture, Pierre Buffet, grande personnalité de Porquerolle, écrit« Ceux qui ont su s'implanter dans cette île avaient un supplément d'âme. Ils ont su se nourrir de la poésie de ce lieu et s'en sentir solidaire au point souvent de ne pouvoir s'en arracher. Cette semaine je reçois Daniel Ferry. Bonjour Daniel, vous êtes une enfant de Lille, vos parents s'y sont rencontrés en 1928. Votre père Marius travaille alors comme steward à la compagnie de navigation sud-atlantique. En vacances, il retrouve son frère Joseph qui travaille à Portman comme maçon. Il est embauché au manoir par Marceline Henry où il rencontre votre mère qui travaille aussi pour le compte de la famille Henry. Madame Henry favorise leur mariage en leur garantissant à tous les deux une place au manoir. C'est ainsi que votre père donne sa sa démission à la marine et que vos parents décident de rester à Port-Croz. Vous êtes, Daniel, la plus jeune d'une fratrie de trois enfants. Vos deux frères, Michel et Jean-Claude, ont exercé en tant que marins-pêcheurs. Vous avez été vous-même institutrice à Port-Croz et vous tenez aujourd'hui la boutique de souvenirs et de vêtements qui se trouvent sur le port. On va revenir sur votre parcours. Mais pour commencer, Daniel, s'agissant de l'installation de vos parents sur l'île, est-ce que vous voyez des points à préciser
UNKNOWN?
SPEAKER_02est-ce que vous pourriez nous dire comment se sont passées les années qui ont suivi leur installation
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, ils étaient tous les deux employés, donc vous avez dit chez Madame Henri, qui avait le manoir et l'hôtellerie provençale à l'époque. Le manoir était une annexe de l'hôtellerie provençale. Le restaurant, l'essentiel était à l'hôtellerie provençale. Et le manoir, c'était essentiellement les chambres. Voilà, donc mon père était maître d'hôtel, ma mère était lingère. Ils se sont connus, ils se sont mariés quatre mois après. Quatre mois après, et après ils Ils ont voulu, évidemment, prendre un peu leur indépendance. Et ils ont cherché une maison sur Porco. Et mon père a pris, a acheté un bateau qui est en... Là, vous l'avez là. un pointu et avec ce pointu il a voulu faire la pêche ça a été des années très très difficiles parce que ça ne sort pas un pêcheur comme ça surtout à l'époque il n'y avait pas les congélateurs rien du tout c'était très difficile et ils ont donc vécu dans cette maison même où vous êtes installés et voilà nous on a grandi à Porco mes frères ont appris la pêche aussi avec lui et moi j'ai eu plus de chance parce qu'il y avait un tout petit peu plus d'argent à la maison donc j'ai pu faire un peu des études et j'ai été insulterrice voilà votre
SPEAKER_02père a été pêcheur et votre mère elle exerçait des fonctions également
SPEAKER_00alors ma mère au début non elle travaillait comme lingère etc et après comme c'était une femme de tête assez sévère elle a monté cette petite boutique c'était une toute petite boutique où elle vendait des coquillages au départ
SPEAKER_02oui
SPEAKER_00et parce qu'elle avait rencontré un couple de tahitiens qui lui avaient amené des coquillages de Tahiti et ça a été immédiatement à la mode les coquillages de Tahiti et comme ça elle a gagné un peu d'argent et puis monté une petite
SPEAKER_02boutique. On est en quelle année à peu près,
SPEAKER_00Daniel
UNKNOWN?
SPEAKER_00Pour cette petite boutique, je devais avoir... Ça doit être dans les années 50.
SPEAKER_02Parce que vous, vous naissez, Daniel, en 1946. Vous grandissez sur l'île. On a envie de vous demander, c'était comment de grandir à Port-Croz dans les années 40, 50, après-guerre
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est-à-dire qu'il y avait beaucoup moins de monde. Il y avait aussi, il ne faut pas oublier qu'à l'époque, il n'y avait pas les sports d'hiver. Et que les gens, on appelait les 100 familles, les gens de la société la plus riche, venaient sur la côte d'Azur pour prendre le soleil. Donc, il reste des installations ailleurs et tout ça. Et là, pour gros, il y avait ces familles très riches qui venaient. Quelquefois, il y avait des enfants, je pouvais rencontrer un peu des enfants. Mais dans l'ensemble, j'étais assez sauvage. C'est-à-dire qu'à 8 ans, j'étais assez sauvage. Il y avait d'autres enfants de votre âge à l'époque
UNKNOWN?
SPEAKER_00À l'époque, oui. Il y avait déjà le fils de l'insultrice, Jean-Louis Vial, donné du Levant. Il y avait, parce qu'il l'insulterie, c'était Mme Vial. Donc, il y avait Jean-Louis Vial de Nouveau. Il y avait la fille d'un employé du manoir, M. Tolary. Donc, on était 3-4. Et donc, vous alliez à l'école
UNKNOWN?
SPEAKER_00On allait à l'école jusqu'au jour où eux, ils sont partis. Il n'y avait plus d'enfants et l'école a fermé.
SPEAKER_02Est-ce que vous avez des souvenirs de jeux sur l'île
UNKNOWN?
SPEAKER_02Des souvenirs d'enfance
UNKNOWN?
SPEAKER_00Non, ce n'était pas compliqué. On faisait des parties de cache-cache et on déterminait le territoire. C'était le fort du Moulin en passant par l'Estissac et en redescendant par le Manoir. C'était notre territoire de cache-cache. Vous étiez
SPEAKER_02assez libre ou pas
UNKNOWN?
SPEAKER_02Vos parents vous laissaient
SPEAKER_00assez libre
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui, j'étais moins anxieux que maintenant. Il n'y avait pas toutes ces histoires qu'il y a maintenant non plus. Il faut dire que c'était plus
SPEAKER_02tranquille. Pierre Buffet dit, en se remémorant son enfance,« Pour nous, la Terre se limitait à Porcro. Le continent, c'était le zoo humain. Et Porcro, c'était la vraie vie.» Est-ce que vous êtes d'accord avec ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui, et puis je continue. Parce que quand Je vois mes enfants sont parisiens, ils travaillent à Paris, avec mes belles-filles qui sont typiquement parisiennes, et je regarde certaines réactions complètement effarées, parce qu'ils sont attachés à des petits trucs superficiels, et nous, sur l'île, on apprend à être essentiel, et être patient. Parce qu'une île, il faut être patient pour y vivre. C'est pas recevoir un colis, c'est pas avoir le pain d'hiver parce que votre bateau n'est pas passé, etc. On apprend la patience et la tolérance parce qu'il n'y a plus le continent, vous ne
SPEAKER_02trouvez plus ça. Vous anticipez la question d'après, Daniel. Est-ce que vous pensez que... Non, non, mais c'est très intéressant. Est-ce que vous pensez que grandir à Port-Croz a pu influencer votre rapport au monde et aux autres, à la nature, et si oui, dans quel sens
UNKNOWN?
SPEAKER_02Au-delà de la patience que l'île vous a apporté
UNKNOWN?
SPEAKER_02Qu'est-ce qu'elle vous a peut-être apporté de plus par rapport à des enfants qui auraient pu grandir sur le
SPEAKER_00continent
UNKNOWN?
SPEAKER_00Les enfants de l'île, on a du mal à rentrer dans un moule. C'est-à-dire que on gardera à vie, et ce que je souhaite pour mes enfants d'ailleurs qui ont été élevés à Porco, on gardera à vie notre propre personnalité. On est moins influencés par les modes et des choses comme ça. On est plus indépendants. On est plus libres dans notre tête. Moi, c'est ce que je constate.
SPEAKER_02vous arrivez peut-être davantage à vous affranchir c'est ça des codes et du
SPEAKER_00brouhaha les codes on les regarde d'un air surpris et le brouhaha on le supporte un peu mais après c'est trop quand on fait les saisons en ce moment avec le bruit et les gens au bout d'un moment on n'en peut plus parce que c'est pas nous
SPEAKER_01voilà
SPEAKER_00et quand on se retrouve l'hiver entre porcosiens qu'est-ce qu'on est heureux c'est incroyable d'ailleurs le confinement à Porco ça va rester un des meilleurs souvenirs c'est vrai c'est terrible de dire ça on n'ose pas le dire aux gens ils nous disent mes pauvres gens vous avez été confinés on rit on rit parce que c'était vraiment des moments formidables vous
SPEAKER_02pouvez un petit peu expliquer pourquoi parce que
SPEAKER_00c'était des moments formidables parce qu'il y avait juste un bateau par jour qui venait on s'était tous organisés pour avoir à manger correctement et avoir du bois pour allumer la cheminée enfin c'était tout et après l'après-midi le midi on se réunissait on mettait une grande table en plus il a fait beau une grande table au milieu du visage on mangeait tous ensemble et on respectait un peu les distances parce qu'il y en avait quelques-uns qui allaient faire les courses sur le continent mais dans l'ensemble c'était parfait et l'après-midi c'était calme plat et pas un bateau et les poissons qui sautaient dans le port c'était divin
SPEAKER_02un petit côté à la fois coupé du monde et
SPEAKER_00très préservé c'est quelque chose de
SPEAKER_02fantastique je veux bien vous croire
SPEAKER_00attention ça tient bien parce qu'on se connaît tous, qu'on s'aime tous et qu'on se soutient et qu'on est solidaires dans des cas comme ça. Très solidaires.
SPEAKER_02Vous pensez qu'il y a une solidarité insulaire propre
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui, absolument. Qui se manifeste comment
UNKNOWN?
SPEAKER_00Quand quelqu'un manque de quelque chose, quand il arrive un problème, on est tous là. Ça, c'est sûr. C'est sûr. Même ceux qui en apparence ne s'aiment pas. Non, non, on est là. Il n'y a pas de problème.
SPEAKER_02Ça, je crois que c'est assez propre aussi. Porquerolle, c'est pareil. Dans les moments, je crois, dans les coups durs aussi, les
SPEAKER_00gens... L'insularité, ça apporte tout ça, et c'est très bien. On n'est pas... C'est pas comme dans un quartier où vous connaissez à peine votre voisin, c'est très différent. Très, très différent.
SPEAKER_02Est-ce que vous vous souvenez, Daniel, de la première fois que vous avez traversé sur le continent
UNKNOWN?
SPEAKER_00Bah écoutez, la première fois, j'avais 4 jours. Ah oui, d'accord. Ce que j'ai entendu dire, c'est que quand j'étais petite, j'avais tout le temps le mal de mer et ma mère a traversé avec moi j'avais 4 jours et je me suis évanouie et là ils ont compris que j'étais quelqu'un qui allait avoir un grave mal de mer toute sa vie c'est ce qu'avait dit le médecin et effectivement j'ai dû dominer ça pendant des années et des années
SPEAKER_02et vous êtes encore
SPEAKER_00en cline au mal de mer ou ça va mieux
UNKNOWN?
SPEAKER_00ça se domine le mal de mer c'est vrai
UNKNOWN?
SPEAKER_00oui oui ça se comment je pourrais dire ça se surmonte ça se surmonte et puis il y a des tas de techniques il faudra que vous me les donniez parce que moi je suis
SPEAKER_02comme vous. C'est vrai. Vous me direz ce qu'il faut faire. Donc, vous grandissez à Port-Croz jusqu'à quel âge
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, je suis restée à Port-Croz jusqu'à 8 ans et demi, 9 ans parce que l'école a fermé après. D'accord. L'école a fermé donc on m'a mis en pension ailleurs et j'ai été en pension ailleurs et là, vraiment, j'ai été très, très malheureuse parce que c'était terrible. Je ne comprenais pas autant d'enfants, autant de promiscuités, tout ça. Là, ça a été une déchirure terrible et bon, j'y suis restée assez longtemps j'ai fait mes études j'ai passé mon bac etc
SPEAKER_02vous étiez loin à la fois de votre famille et de l'île donc ça a été un
SPEAKER_00arrachement pour vous alors il n'y avait quand même qu'une heure de bateau vous allez me dire mais à 8 ans c'est des jeunes les horaires ça ne correspondait pas toujours etc on avait un correspondant qui nous sortait le samedi dimanche on n'était pas des enfants heureux à ce moment là mais après toutes les vacances on les avait à Porto
SPEAKER_02vous rentriez du coup tous les week-ends également pas tous
SPEAKER_00les week-ends on n'avait pas Ce n'était pas possible. Il n'y avait pas assez de bateaux, il n'y avait pas assez de choses. Pas tous les week-ends.
SPEAKER_02Donc, vous faites vos études à IER, votre lycée.
SPEAKER_00Voilà. Donc, j'ai fini mes études à IER. Après, je suis partie faire du droit. Oui. Et puis après, j'ai abandonné. Je suis partie faire une licence d'anglais. Et puis, j'ai été... À ce moment-là, même mes parents ont eu assez de payer pour moi. Parce qu'à l'époque, on ne payait pas pour les enfants inconsidérément. Un examen raté, c'était terminé, les vies étaient coupées. Donc, j'ai fait ma demande pour être institutrice. Parce qu'à l'époque, avec... il y avait deux bacs avec les deux bacs plus je parlais l'anglais couramment donc on vous trouvait des postes dans l'enseignement en collège et machin donc j'ai été envoyée dans un collège pour faire prof d'anglais tout en continuant ma licence d'anglais voilà
SPEAKER_02dans quelle région c'était toujours
SPEAKER_00dans alors j'étais je suis c'est que pour faire ça il fallait aller dans les régions défavorisées il n'y avait pas de professeur donc je suis partie dans les Ardennes à l'autre bout du pays oulala voilà c'était ça je me suis retrouvée dans les Ardennes Vous
SPEAKER_02connaissiez l'endroit ou pas du tout
UNKNOWN?
SPEAKER_02Non, pas du tout. Complètement par
SPEAKER_00hasard. Pas du tout, mais je me suis bien bien adaptée, et au froid, et au pays, et aux gens. Et je m'y suis mariée. Oui. Et après, je suis revenue ici quand mes parents ont quitté le magasin. et les Ardennais ils me téléphonent tous les jours c'est
SPEAKER_02vrai vous gardez des contacts vous êtes resté combien de temps dans
SPEAKER_00les Ardennes
UNKNOWN?
SPEAKER_00je suis resté 14 ans
SPEAKER_02oui c'est pas rien
SPEAKER_00c'est pas rien mais c'est des gens formidables les gens du nord on le dit toujours c'est vrai ils sont moins superficiels ils sont moins gâtés que les gens du sud beaucoup moins superficiels
SPEAKER_02et donc vous revenez 14 ans après alors qu'est-ce qui vous fait rentrer à Porco
UNKNOWN?
SPEAKER_02pourquoi vous n'êtes
SPEAKER_00pas resté
UNKNOWN?
SPEAKER_00mes parents ma mère voulait arrêter le magasin elle était fatiguée oui Et mon père, il était assez âgé. Et puis, je voulais qu'ils finissent leur vie dans leur
SPEAKER_01maison.
SPEAKER_00Donc, je suis revenue avec ma famille et on a fait de la cohabitation. Nous, on s'est serrées. Ils ont gardé leur plat, leur lieu de vie, etc. Et ça, c'est terminé comme ça. Donc, j'ai accompagné mes parents jusqu'à la fin de leur vie.
SPEAKER_02Vous imaginez... C'était un vœu pour vous. Même quand vous êtes partie dans les Ardennes, vous vous disiez que vous reviendriez
SPEAKER_00un jour ici. Je pensais que je ne reviendrais jamais parce que... c'était la période de cette jeunesse-là. On voyait, je vais me marier, je vais avoir des enfants, je vais faire ceci, je vais faire cela. On a tous des idées comme ça. Moi, je n'étais pas braquée sur Porcroux. Beaucoup d'enfants sont braqués sur Porcroux. Moi, je me disais, j'ai une autre vie à faire. Et en fait, quand je suis revenue à Porcroux, je me suis dit, mais qu'est-ce qui m'a pris
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je suis tellement heureuse ici. C'est vrai. Voilà, c'était fini. Là, j'ai prévenu que je ne repartirais jamais. Je l'ai prévenu.
SPEAKER_02On est en Quelle
SPEAKER_00année
SPEAKER_02quand vous revenez à
SPEAKER_00Port-Croz
UNKNOWN?
SPEAKER_02On est en 1980. Et alors, vous avez exercé en tant qu'institutrice
SPEAKER_00à Port-Croz
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors là, en 1980, dans les Ardennes, j'ai été institutrice. Après avoir fait un peu de professorat, j'ai abandonné et j'ai été institutrice. Et là, quand je suis revenue, j'ai fait ce qu'on appelait l'exéa l'inéa, c'est-à-dire on sortait du département, on rentrait dans un autre département. Et là, j'ai eu la chance d'avoir mon inéa. C'était très difficile d'avoir son inéa pour le et un jour est arrivé au magasin une personne qui vous vous rendez compte j'ai craqué mon pantalon je ne peux pas aller au restaurant je lui ai dit c'est pas grave je suis allée chercher du fil et une aiguille et je lui ai raccommodé son pantalon elle est partie au restaurant elle est arrivée au restaurant elle a dit vous savez cette dame là-bas elle m'a réparé mon pantalon et c'était la femme de l'inspecteur d'académie et les gens du restaurant ont dit mais vous savez c'est une fille c'est une habitante de Lille, elle a postulé pour avoir le poste d'insulterie, s'il faudrait quand même faire quelque chose, parce qu'on sait qu'elle ne repartira pas de Porco, elle ne va pas faire un an et s'en aller. C'est comme ça que j'ai eu le poste. Ah, merveilleux. Oui, c'est drôle. Et je suis restée 14
SPEAKER_02ans. 14 ans, donc de 80 à la milieu des années 90. Enseigner à Porco, est-ce que vous pourriez un peu décrire, parce que je pense que les gens sur le continent ne peuvent pas s'imaginer ce que c'est d'enseigner à Porco. Vous aviez combien d'élèves
UNKNOWN?
SPEAKER_02l'âge, de quel âge à quel
SPEAKER_00âge
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est difficile de donner de quel âge à quel âge. D'abord, c'est une classe unique. Donc, c'est de la maternelle à l'entrée en sixième. Alors, les enfants, ça pouvait varier de quatre enfants à dix enfants, pas plus, jamais au-delà. Mais d'abord, la classe est très petite. Et en plus, c'est extrêmement intéressant parce que on dit toujours que la classe unique, c'est la plus jolie classe. C'est la plus jolie qui existe. Après, quand j'étais insultrice, je me suis... J'ai fait une correspondance, plus qu'une correspondance avec une toute petite école des Cévennes à côté du Montégois, où ils étaient exactement dans le même cas de figure. Eux, c'était le bus qu'ils devaient prendre, nous, c'était le bateau. On est restés liés très très longtemps. On avait les mêmes problématiques, pratiquement. Et vous faisiez des échanges
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui, c'est ça. Ils venaient à Porco, et nous, on partait dans les Cévennes. C'était divin. On est restés très amis avec
SPEAKER_02eux oui est-ce que vous avez une anecdote ou des souvenirs particulièrement marquants de cette période des enfants peut-être aujourd'hui que vous
SPEAKER_00croisez encore les enfants je les ai ah bah oui je les ai toujours j'en ai pas perdu de vue c'est vrai non je pense pas non non non puisque l'année dernière on a eu une que j'avais perdu de vue qui est venue au magasin et bon bah ces enfants là ils sont restés très proches de moi forcément parce que c'est comme une famille bien sûr c'était comme une famille
SPEAKER_02puis la plupart peut-être reviennent aussi
SPEAKER_00régulièrement oui porcosien Stéphanie Angers d'Hôtellerie Provençale elle était mon élève c'est moi qui lui ai appris son frère pareil enfin bref Raphaël pas lui mais mon deuxième fils il a été à l'école avec moi
SPEAKER_02aussi d'accord
SPEAKER_00c'était à la fois très libre et très discipliné parce que il n'y avait pas de problème de discipline on organisait notre journée on faisait des tas de choses on faisait beaucoup beaucoup d'activités en dehors on marchait beaucoup on faisait de la peinture on faisait plein de trucs c'était très très sympa
SPEAKER_02très ouvert certainement le cadre en même temps s'y prête et ce serait dommage de s'en priver
SPEAKER_00quand on est sur un territoire comme ici les enfants avaient le droit de monter à l'école avec leurs animaux donc c'était le bonheur total le bonheur total les plus belles années je pense je me demande au final vu l'âge que j'ai si c'est pas les plus belles années de ma vie c'est vrai les années d'enseignement à Portreau à Portreau ouais je crois que ce sont les plus belles années
SPEAKER_02vraiment alors justement cette école de Porcro elle a fermé il y a 9 ans si je ne me trompe
SPEAKER_00pas c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00vous savez je ne suis pas forte sur les blagues non mais ça m'a été soufflé alors je vérifierai je crois que c'est ça
SPEAKER_02comment vous avez alors à l'époque bien sûr vous n'exerciez plus en tant qu'institutrice mais comment vous avez vécu cette fermeture de l'école est-ce que ça vous inquiète pour l'avenir
SPEAKER_00de Porcro
UNKNOWN?
SPEAKER_00moi je suis une institutrice qui parle pour moi plus d'écoles dans un village, c'est la fin du village, c'est la mort du village. Parce qu'à Portreau, il n'y avait que 4 ou 5 enfants, il y avait les fêtes d'école, j'organisais des grosses fêtes d'école, et c'était la vie, il y avait de la vie. Ça rejoint la vie d'un village. Quand il n'y a plus d'école, les gens hésitent à venir s'installer sur une île, vous voyez, il n'y a plus le même sentiment. Les enfants, ça rapproche tout le monde. Les enfants, ça rapproche. Regardez un enfant qui naît dans une famille, combien de gens se réconcilient dans la famille pour la naissance de cet enfant. C'est pareil dans les villages. C'est pareil.
SPEAKER_02Vous avez l'espoir qu'un jour quelque chose soit fait pour
SPEAKER_00réinstaller une école
UNKNOWN?
SPEAKER_00Pour réinstaller l'école, il faudrait qu'il y ait des postes, des métiers qui s'ouvrent sur Porto. Or, à part le parc national, qui est-ce qui donne du travail
UNKNOWN?
SPEAKER_00Les commerçants l'étaient, mais c'est
SPEAKER_01l'été.
SPEAKER_00Alors, ça ne va pas. Je ne sais pas quel poste on pourrait créer, quel choses on pourrait faire. À l'époque, le Parc National avait joué le jeu avec moi. Vraiment joué le jeu. À un moment donné, l'école était menacée parce que vraiment, je n'avais plus beaucoup d'enfants. Et il y avait un sous-directeur qui avait fait venir des gardes avec des enfants. Ça m'avait sauvé l'école. Bien sûr. Alors maintenant, ce n'est plus le même état d'esprit. On a les postes sur concours, sur machin. Ça n'a plus rien à voir. Et du
SPEAKER_02coup, ce serait une alliance avec l'île du Levant
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, j'ai essayé. À l'époque, j'ai beaucoup essayé. de faire venir les enfants de l'île du Levant à Port-Croix et vice-versa. Mais c'était plutôt les enfants de l'île du Levant qui seraient venus à Port-Croix, mais on se heurte à des problèmes de transport de ceci, de cela. C'était facile de les transporter du Levant à Port-Mont. Après, il fallait trouver une voiture parce que c'est très, très, très, très surveillé. On s'en doute bien, les enfants. Donc, la voiture qui venait au village. Après, les villageois avaient très bien joué le jeu. Ils prenaient les enfants pour manger dans dans toutes les familles, ça marchait très bien, mais je crois que c'est une question de
SPEAKER_02sécurité qui a tout bloqué. Oui, c'est souvent la contrainte
SPEAKER_00avec les enfants. Oui, parce que c'est de pire en pire. À l'époque, moi, je faisais monter les chiens et les chats à l'école, tout le monde rentrait dans la classe le matin, c'était drôle, ils se couchaient dans un coin, sagement, à 10h, c'était l'heure de la récréation, hop, les chiens et les chats se levaient, tout le monde disait c'est de la récré, et les chiens et les chats allaient jouer dehors avec les enfants, c'était libre, complètement libre.
SPEAKER_02Alors aujourd'hui, vous arrêtez d'enseigner au milieu des années 90, donc vous avez repris la boutique tenue par vos parents. Voilà. Depuis le milieu des années 90, c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Moi, j'avais déjà repris avant... Mais c'était mon mari, à ce point-là, qui la tenait. D'accord. Or, à partir de juillet-août, je la tenais avec lui, forcément. Mais, donc, à partir de... Ma mère est décédée en 95. Là, vraiment, j'ai tout stoppé. L'école et tout, parce que mon père était tout seul, donc je voulais rester avec lui. Et
SPEAKER_02là... Vous êtes consacrée complètement à la boutique, c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui. C'était un magasin qui ouvre de quand à quand
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, il ouvre quand tout va bien, en période normale. Il ouvre d'avril à octobre. Là, évidemment, avec le Covid, il a ouvert le 19 mai et il va peut-être finir en mai avant, on ne sait pas ce qui va se passer. Donc là, on est vraiment dans des périodes difficiles.
SPEAKER_02Et vous êtes la seule boutique du village
UNKNOWN?
SPEAKER_02C'est
SPEAKER_00le seul magasin du village. Le parc national fait une petite boutique là-bas, mais à part ça, vous savez, il n'y a pas de place pour
SPEAKER_02deux. Non, c'est
SPEAKER_00sûr. Et en nourriture vous pouvez ouvrir tout ce que vous voulez parce que les gens mangent et boivent à l'excès mais acheter des souvenirs c'est pas à
SPEAKER_02l'excès alors on y trouve quoi dans votre boutique de
SPEAKER_00tout de tout ça part du t-shirt la chaussure pour dépanner de tout des souvenirs essentiellement des t-shirts et des pubs du fait qu'il est tout seul bien sûr on peut pas se spécialiser du fait qu'on est tout seul
SPEAKER_02voilà une sorte de dans le bon sens
SPEAKER_00du terme de bazar c'est un bazar ouais ouais tout à fait vous avez pas de tabac pourquoi par exemple, ça n'existe pas. Ou le vent, il y a aussi, mais pas ici. C'est très petit, Porco. On ne se rend pas compte.
SPEAKER_02Oui, c'est vrai que tout est vraiment circonscrit sur un tout petit endroit. Alors, Daniel, j'aimerais qu'on parle un petit peu de votre lien à Porco à travers une petite série de questions très courte et assez concrète. Quelle est la saison que vous préférez sur l'île et pourquoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, la saison que je préfère sur l'île, je peux dire que je pense que c'est à partir de septembre jusqu'à décembre. Oui. Ça, c'est très agréable parce qu'on arrête la saison touristique. On récupère notre île, comme on dit.
SPEAKER_02Tout le monde dit la même
SPEAKER_00chose. Les couchers de soleil sont fabuleux. L'eau est encore chaude. Enfin, il y a plein de choses très, très valables. Janvier, février, mars, c'est plus dur. C'est les mois des tempêtes et les choses, c'est plus
SPEAKER_02dur. Vous restez à l'année sur
SPEAKER_00l'île
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'ai un appartement ailleurs en espèce de petit pied-à-terre. Quand on est fatigué malades il faut avoir quelque chose.
SPEAKER_02Est-ce qu'il y a un ou des endroits que vous affectionnez tout particulièrement à Porco
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je ne saurais pas dire, franchement.
SPEAKER_00Franchement, je ne saurais pas dire. C'est vrai qu'en vieillissant, je suis très attachée au village, très, très attachée aux maisons, aux vieilles maisons comme celle-là. C'est vrai. Mais tous les coins sont beaux à Porco. Tout est beau, tout est beau, tout est beau. Ça dépend. Vous savez, il fait Vendeste, on va vers la page du Sud. Il fait Mistral, on va vers Portman. Mais pour nous, Porco, c'est un tout. Il n'y a pas un endroit qu'on préfère. On n'a pas un endroit particulier. C'est l'ensemble. Si je devais prendre un livre et m'en aller à la journée en ce moment, je ne sais pas. Peut-être les falaises, parce qu'en ce moment, je suis fatiguée. J'ai besoin d'horizon. Vous marchez un peu sur l'île encore
UNKNOWN?
SPEAKER_00Moins depuis quelque temps, mais je marche quand même.
UNKNOWNOui, je marche.
SPEAKER_02Si vous deviez imaginer, vous êtes face à quelqu'un, un Ardennais, par exemple, qui n'est jamais venu ici, et si vous deviez lui décrire la géographie des lieux en quelques mots, à quelqu'un qui ne connaît pas du tout l'endroit, la végétation, les reliefs, les habitations, le lien à la mer, qu'est-ce que vous diriez de
SPEAKER_00Port-Croz
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, Port-Croz, d'abord, c'est la plus sauvage. C'est une île sauvage, à l'origine. Bon, ce n'est pas parce qu'il débarque, je ne sais pas, des milliers de touristes l'été. Elle reste très sauvage, cette île. Bon, c'est une une végétation typiquement méditerranéenne. Ça, ça n'a rien d'extraordinaire. Et c'est une île qui n'est pas facile. Ça, il faut le savoir. Elle n'est pas facile parce qu'il n'y a pas d'eau, parce qu'il n'y a pas ceci, parce que là. Et en plus, elle est très vallonnée. Elle est faite de plusieurs collines et vallons. Donc, elle est dure pour la marche. Ça grimpe toujours. Partout où on va, ça grimpe. Ce n'est pas à Porquerolles où on peut prendre des vélos. C'est impossible à Porquerolles. Donc, elle a une personnalité bien à part quand même. Vous
SPEAKER_02la décririez d'un peu exigeante comme
SPEAKER_00île
UNKNOWN?
SPEAKER_00Elle est exigeante, elle n'est pas facile et elle ne fait pas de cadeaux.
SPEAKER_02Elle ne fait pas de cadeaux.
SPEAKER_00Il faut bien s'adapter. Il faut bien savoir qu'on ne vient pas à Porco se réfugier quand on a un malheur. Ce n'est pas vrai. J'ai vu des tas de couples venir à Porco pour essayer de raccorder leur couple et ça n'a pas tenu parce qu'elle est plutôt révélatrice que consolatrice. Voilà ce que je veux dire. Les gens fragiles ne peuvent pas vivre sur cette île. Il faut avoir une force de caractère. Il faut savoir se suffire à soi-même. Il faut pouvoir prendre un bouquin, écouter de la musique, etc. Être indépendant. Être indépendants. Vous
SPEAKER_02avez vu, vous, des gens qui pensaient ici...
SPEAKER_00Très souvent, des gens, et j'en vois encore, des gens qui pensent qu'ils peuvent venir s'installer sur l'île et qu'ils vont faire mieux que tout le monde et qu'en arrivant à Porco, ils vont... C'est rien, c'est facile, c'est beau, c'est la poudre aux yeux. C'est la poudre aux yeux, le bateau, la mer, le machin, c'est la poudre aux yeux parce que l'île est dure.
SPEAKER_02Et puis, comme vous l'expliquiez, là, on a un visage de l'île, on est en plein été, c'est ravissant, on arrive, il y a du monde, il y a de la vie mais je veux bien croire que l'hiver pour être venue alors
SPEAKER_00voilà vous avez vu la dernière fois que vous êtes venue il faisait pas beau non
SPEAKER_02il faisait pas beau c'est pas du tout le même visage
SPEAKER_00non non non c'est pour ça qu'il faut avoir une force de caractère il faut savoir tenir et il faut avoir une vie intérieure c'est très essentiel
SPEAKER_02absolument et ça je crois que c'est assez caractéristique et à mon avis encore plus ici qu'à Porquerolles où les liaisons sont
SPEAKER_00quand même beaucoup plus faciles les liaisons sont faciles nous on n'a pas de commerce il n'y avait rien du tout pas un bar pas une épicerie, rien. Donc ça demande vraiment une identité très forte pour pouvoir pallier à tout ça. Et
SPEAKER_02alors, une journée d'hiver, Daniel, comment vous, justement,
SPEAKER_00vous résistez à ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Les journées d'hiver, on se le dit souvent, les journées d'hiver, elles sont toujours trop courtes. Parce qu'on ne sait pas comment ça se fait, mais on ne s'ennuie jamais. Ça, c'est typiquement porcosien. Un, on se lève vers 8-9 heures, et on fait de l'eau. des tas de petites choses, on mange ensemble, on tourne et vire, on discute. Il y a des journées où il y a la poste, où il n'y a pas la poste. C'est très marrant, ça tient à peu de choses. C'est très drôle.
SPEAKER_02Est-ce que vous auriez un souvenir ou une anecdote marquante que vous avez vécue à Port-Croz et que peut-être vous vous dites« j'aurais jamais pu vivre ça ailleurs»
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ou tout simplement un souvenir comme ça qui vous vient à l'esprit, quelque chose qui vous a marqué sur cette île
UNKNOWN?
SPEAKER_00Il ne me vient pas de souvenirs mauvais. Il ne me vient pas de souvenirs mauvais. de souvenirs de gens, de mariages, de gens, de fêtes entre nous, de choses comme ça. C'est plutôt des choses comme ça qui me viennent à l'esprit. Moi, j'ai un caractère plutôt optimiste quand même. Non, pourquoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00Elle est dure, mais à la fois, elle est consolatrice aussi. Donc, anecdote, je ne saurais pas, il faudrait que je réfléchisse, mais elle est consolatrice, cette île. Elle est très belle. Mes enfants s'apprêtent à revenir sur l'île parce que je vais arrêter de travailler. J'en ai un qui est parti hier. Il est parti hier, il a passé un mois ici à m'aider au magasin. Il est reparti hier, sa belle famille a loué une villa au Cabena. Une villa magnifique. Il est parti la mort dans l'âme. Et hier, il a déjà téléphoné trois fois depuis ce matin.
SPEAKER_02Il n'a qu'une envie,
SPEAKER_00c'est
SPEAKER_02revenir. Donc, vous avez des enfants, vous avez des petits-enfants aussi et je voulais vous demander si c'était important pour vous de leur transmettre le goût pour cette île. Mais j'ai l'impression que vous n'avez même pas besoin qu'ils
SPEAKER_00l'ont naturellement. Mes petits-enfants, je m'en occupe peu à ce niveau-là. Je m'occupe de mes petits-enfants, mais je sais que ce sera transmis par leurs parents. Emmanuel, là, que vous avez vu, il rentre de trois semaines en Grèce. Il a fait un voyage magnifique dans les Cyclades. Et il me dit, mais hier soir, on mangeait tous les deux sur la terrasse en haut. Là, j'ai une terrasse en haut.
UNKNOWNIl m'a dit, mais...
SPEAKER_00Pourquoi les cyclades
UNKNOWN?
SPEAKER_00Mais pourquoi ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Donc, je n'ai pas besoin
SPEAKER_02d'intervenir, moi. Et donc, vous dites que l'un de vos fils, l'autre fils, Raphaël, ça va reprendre...
SPEAKER_00Ils vont reprendre tous les deux. Ils ne veulent pas laisser. Pourquoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ils veulent reprendre
SPEAKER_02tous les deux. Et c'est facile pour eux de s'installer ici
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ça ne va pas être facile. Parce qu'ils ont épousé deux Parisiennes. Ça va être une grosse négociation.
SPEAKER_02Ils vont
SPEAKER_00se débrouiller. Vous savez, c'était déjà difficile à notre
SPEAKER_02époque. Bien
SPEAKER_00sûr, oui. Ce n'est déjà pas facile.
SPEAKER_02Mais vous, vous aviez réussi à convaincre votre mari de venir
SPEAKER_00habiter ici. Oui, mais c'était d'un Ardennais. Oui. Les Ardennais sont très attachés à leur terre aussi. Parce que c'est un territoire qui a été envahi plusieurs fois pendant la guerre. Ils sont très, très chauvins. Il a tenu bon nombre d'années. Mais finalement, il a fini par
SPEAKER_02craquer. Il a fini par craquer. Oui, comme vous dites, une négociation. Et c'est certainement pour les personnes... qui n'y ont pas grandi, l'apprivoiser quand même
SPEAKER_00cette île,
SPEAKER_02j'entends.
SPEAKER_00Oui, c'est ce que je vous dis. Il faut avoir une vie intérieure très intense. Parce que sinon, on ne tient pas. On
SPEAKER_02dit souvent que la vie insulaire fascine autant qu'elle peut effrayer. Qu'est-ce qui fait selon vous sa particularité
UNKNOWN?
SPEAKER_02Peut-être en termes d'espace, de temporalité, de vie en communauté. Vous avez déjà évoqué
SPEAKER_00un petit peu ça. On est dans un monde à part par rapport à la... en comparaison avec la côte et même le continent et alors la vie, n'en parlons pas. On est dans un monde d'appart. On apprend à se suffire à soi-même. On apprend à être tolérant, c'est ce que je vous disais au
SPEAKER_01début.
SPEAKER_00On apprend à ne pas être exigeant parce qu'un jour le bateau vient, le lendemain il ne vient pas. Vous attendez une lettre, elle arrive huit jours après. Elle arrive huit jours après. Moi, je me souviens de mes parents qui disaient, il n'y a pas de bateau. Oh, ben, ce n'est pas grave. Mais enfin, maman, ça fait quatre jours qu'il n'y a pas de bateau. Eh ben, on va faire du pain avec la farine, ne t'inquiète pas. Et pour eux, c'est normal. Là, maintenant, tu te rends compte, il n'y a pas de taille. Et alors
UNKNOWN?
SPEAKER_00On
SPEAKER_02mange autre chose. À écouter les insulaires, on comprend que les îles sont des lieux de paradoxe, des espaces délimités, ouverts sur l'infini. Pierre Buffet, dans« L'esprit de l'île», écrit en parlant de la vie sur l'île« Y vivre requiert une vigoureuse résistance à la solitude, une difficulté d'être plus éprouvante qu'en d'autres lieux et en même temps, les îles offrent la tentation de pouvoir mieux y donner vie à ses rêves.» Vous avez déjà répondu en partie à cette question. Qu'est-ce que ça vous inspire
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je pense que vous êtes d'accord avec
SPEAKER_00ça. D'accord, c'est ce que je vous disais. Il faut avoir une vie intérieure. Il faut pouvoir vous lever, il n'y a rien, il n'y a pas de bateau. Bon, il n'y a pas de bateau. Il faut pouvoir... Qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je vais faire un petit tour là, je vais tourner, virer, je vais voir un pet. Et alors, le truc essentiel d'hiver à Porco, allumer son feu de chemin. C'est vital
UNKNOWN!
SPEAKER_00Avoir son tas de bois et allumer son feu de cheminée, c'est vital. C'est
SPEAKER_02vital,
SPEAKER_00bon. Et puis surtout cette vie intérieure, pouvoir prendre des bouquins et puis lire et écouter de la musique et admirer un coucher de soleil. C'est extraordinaire un coucher de soleil. Et avec nous, on a la chance d'avoir le contraste Ça compte. Contraste de la saison et la saison d'été, la saison d'hiver. Saison d'été où on est extrêmement bousculé, extrêmement bousculé, où on est content de voir du monde. Oui. Parce qu'il ne faut quand même pas dire non plus qu'on n'est pas... On est content de voir arriver les gens. On est ravis, on est aux anges, on leur fait un accueil chaleureux et quand ils partent, on leur dit au revoir avec plaisir. On s'amuse beaucoup parce que Joël qui travaille avec moi et qui est porcosienne, elle dit, oh là là, dans un mois, on pourra tous leur dire au revoir. Et oui, on va se retrouver entre nous. C'est ça qu'on entend. Donc, c'est important. Le contraste est
SPEAKER_02très important. J'ai l'impression que c'est un petit peu comme les petits-enfants. On est heureux quand ils arrivent, on est heureux quand ils repartent aussi. Est-ce que vous sauriez définir ce que Marceline Henry et Pierre Buffet aujourd'hui, dans sa lignée, nomment l'esprit de Lille
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je ne sais pas si j'aurais une définition pour ça. L'esprit de Lille, c'est ce dont on a parlé depuis le début. C'est savoir faire bloc quand quelque chose va mal et se chamailler quand tout va bien parce que ça se chamaille beaucoup dans le village c'est vrai ça se chamaille beaucoup et ce qui est tout à fait normal dans tous les petits villages c'est comme ça mais dès qu'il y en a un qui est fatigué qui n'est pas bien moi je dirais que c'est ça l'esprit de l'île c'est bien se chamailler quand tout va bien et bien être solidaire quand tout va mal
SPEAKER_02en 60-70 ans comment vous avez vu l'île évoluer et quel regard vous portez sur ces changements quels sont pour vous les grands changements majeurs
SPEAKER_00que vous avez vécu sur cette île, c'est l'arrivée du parc national. Oui. En 1963. Voilà. C'est très bien. C'est à la fois très bien, très très bien, parce que ça a quand même protégé l'île et ça protège l'île. Maintenant, il y a une arrivée en même temps de fonctionnaires qui passent, ils font un certain temps et ils s'en vont. Donc, ils ne peuvent pas attraper l'esprit de l'île. Ils ne peuvent pas être intégrés à l'île. D'ailleurs, ils ne cherchent pas. Et à ce moment-là, ça crée à une espèce de tension qui n'est pas toujours... déclaré, mais une tension qui fait que, ben eux, ils ne sont pas d'ici, ils ne savent pas ce que c'est que Porcro, et ils nous donnent des leçons, et ils nous donnent des leçons, mais ils ne savent pas. Donc, comme ça musait, je ne sais pas, ça fait dix fois qu'on le constate, changer le nom des pointes, changer le nom des chemins. Ils ont renommé un endroit, c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ils
SPEAKER_02ont
SPEAKER_00renommé plein d'endroits, plein d'endroits. Et alors, les Porcroziens, ça ne passe pas. Ça ne passe pas. Ça ne passe pas. Il ne faut pas... Donc, ce serait ça, le gros changement sur cette île, à mon avis. En même temps, ils ont... Il ne faut pas exagérer. C'est ce que je voulais vous
SPEAKER_02dire. Est-ce que quand même, vous reconnaissez que la présence du parc est importante pour protéger un territoire comme celui-ci, qui est quand même victime, comme l'est Porquerolle, alors l'île du Levant, je ne sais pas, et dans une moindre mesure, mais victime d'une certaine hyperfréquentation néanmoins
UNKNOWN?
SPEAKER_00L'hyperfréquentation, c'est pour Porquerolle. Porquerolle, il y a du monde, mais à part, je dirais, du monde une semaine par saison. Vraiment du monde... en hyper fréquentation, parce que d'abord le ticket de bateau est beaucoup plus cher, etc. Maintenant, c'est vrai que le parc national a fait très bien son boulot, a très bien protégé l'île et continue à la protéger. Mais, il y a un truc qui nous désespère, nous les habitants, et je crois que je peux parler en leur nom, c'est la somme d'interdictions qui nous sont tombées sur le dos. Interdites d'aller là, interdites de prendre son bain à tel endroit, interdites mouillées, interdites Il y a eu des paquets d'interdictions. Et ça, des
SPEAKER_01propriétaires ont
SPEAKER_00du mal à le vivre. Beaucoup de mal à le vivre. Il faut reconnaître. Maintenant, la société est devenue très difficile. La société n'est pas disciplinée. Ils contestent tout. Je peux comprendre qu'on mette des barrières et des garde-fous à des gens qui sont... Oui, peut-être aux
SPEAKER_02visiteurs d'un
SPEAKER_00jour. Mais oui, mais on en joue au magasin quand on leur dit« Mettez votre masque.»« Mais non, moi, je ne veux pas mettre mon masque.»« Mais vous êtes vacciné, peut-être. Mais mettez votre masque quand même.» Et on entend, on se fait insulter La société n'est pas facile. On retrouve un petit peu l'hiver. On a eu des droits accordés en fonction des us et coutumes. Mais ça se rétrécit beaucoup.
SPEAKER_02Vous avez deux, trois exemples de choses dont vous vous dites, bon, c'est quand même
SPEAKER_00un peu... La pêche. Avant, on pouvait prendre son petit bateau, aller pêcher à la ligne, pêcher juste une petite friture de poisson et rentrer à la maison manger. Maintenant, ça n'existe plus. On ne peut plus faire ça.
SPEAKER_02Est-ce qu'il y a quelque chose que vous regrettez dans le porcro de votre enfance
UNKNOWN?
SPEAKER_02Dans la vie de village, les personnes, la façon dont les gens ont peut-être été entre eux, ou tout simplement le paysage qui aurait changé, des constructions
UNKNOWN?
SPEAKER_00Non, ça n'a pas tellement changé. Ça n'a pas tellement changé. Si vous prenez le porcro d'hiver, ça ressemble beaucoup au porcro de l'hiver de mes parents. Beaucoup, avec un peu plus de modernité, mais ça ressemble bien à ça. Les parties de pétanque ressemblent aux parties de pétanque que mon père faisait avec ses copains du village, ça ressemble tout à fait à ça.
SPEAKER_02L'île n'a pas été beaucoup transformée. Le village,
SPEAKER_00non. Ce qui a transformé l'île, c'est le parc national qui a instauré des règlements. En fait, c'est eux qui ont construit partout. Le village n'était pas construit comme ça. Donc, c'est plutôt eux qui ont changé. Mais, d'un autre côté, il fallait protéger cette île. Donc, c'est difficile de critiquer. Maintenant, il ne faut pas qu'ils débordent, qu'ils interdisent systématiquement. Je vois cet hiver quand même le confinement, ils sont venus nous trouver pour nous dire que si on voulait, il n'y avait personne, il n'y avait pas de bateau, il n'y avait rien. Si on voulait, on pouvait aller mettre une ligne au bout du quai pour prendre notre poisson pour manger. Mais cette vie de village a repris aussitôt. C'était
SPEAKER_01le
SPEAKER_00bonheur total. C'était le bonheur total. C'est vrai que ça, ça nous manque. Ça, ça nous manque.
SPEAKER_02Comment vous imaginez Port-Croz dans 30 ans
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce que vous arrivez à vous l'imaginer
UNKNOWN?
SPEAKER_00Dans 30 ans, ils sont arrivés à décourager tout le monde, évidemment. des l'île de tous les habitants et tout le monde pour en faire une réserve exclusivement naturelle, ça, ça peut arriver. Ça, c'est ce qui me fait le plus peur. Ou alors on continuera à avoir des habitants et on continuera à vivre comme ça, de toute façon. Mais ce sera très réglementé. On est obligé d'aller vers des
SPEAKER_02règlements.
SPEAKER_00Réglementer le nombre de passagers. Moi, je vois très bien l'île avec un droit d'entrée, un billet d'entrée pour venir visiter l'île. Je vois très bien dans les certains parcs nationaux, c'est comme ça. Je vois très bien ça arriver de cette
SPEAKER_02façon-là.
SPEAKER_00Pour vous, ce serait regrettable
UNKNOWN?
SPEAKER_00Toujours pareil. Je me dis que la société a évolué de telle façon, on n'a pas forcément affaire à des gens intelligents et des gens prudents, intelligents et respectueux. C'est respectueux sur tout le monde, le plus important. Quelle est votre définition du porc-crozien
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'avais fait une fête entre porc-croziens. Mes enfants étaient à la fête et ils avaient dit, ça y est, on a trouvé. C'est un village gaulois. La bagarre et puis cette entraide qui reste, cette affection énorme entre
SPEAKER_02nous. Un village gaulois. Dernière question, Daniel. Quand vous pensez à Porc-Cro, que vous êtes loin, par exemple, quand vous retournez à hier, par exemple, quelle est la première image qui vous vient à l'esprit
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je pense à beaucoup. Ah, je me dis
UNKNOWN!
SPEAKER_00qu'est-ce qu'on est bien, il n'y a pas de bruit, il n'y a pas d'odeur. C'est des odeurs surtout. Moi, quand j'arrive ailleurs ou à Paris, alors c'est encore pire parce que je vais souvent à Paris, c'est les odeurs d'échappement, c'est infernal. Vous arrivez sur l'île, vous respirez, vous êtes bien. Non, non, il y a... C'est une qualité de vie ici qui fait que... C'est vrai que ça se remarque quand on va sur le continent. Prendre sa voiture, c'est pas du tout un plaisir pour nous. On prend sa voiture par obligation, par... nécessité mais c'est pas un plaisir
SPEAKER_02donc un certain sentiment de plénitude
SPEAKER_00pourquoi on a le sentiment de la liberté d'être chez soi et d'être chez soi aussi parce que cette île il y a ça aussi tous ceux qui habitent pourquoi ont l'impression que l'île est à eux c'est à nous alors qu'est-ce qu'ils viennent faire c'est à nous
SPEAKER_02ça c'est propre aux insulaires ah oui parce que les porquerollets sont pareils il y a quelque chose de cet ordre là un attachement assez viscéral au territoire Je vous remercie infiniment. Merci beaucoup. Merci à Daniel de nous avoir partagé un peu de son histoire et de sa vie à Porquerolles. Pour retrouver toutes les notes de l'épisode, rendez-vous sur fragileporquerolles.com Si ce n'est pas déjà fait, vous pouvez toujours vous abonner au podcast Fragile sur Apple Podcast, Google Podcast ou toute autre plateforme d'écoute. Cela vous permettra d'être notifié des nouveaux épisodes tous les 15 jours. Et si cet épisode vous a plu, surtout, n'hésitez pas à en parler autour de vous. Pour les détenteurs d'iPhone, si vous voulez apporter un vrai coup de pouce On se retrouve très vite. A bientôt.